Depuis quelques années, on constate un phénomène inexplicable : les abeilles domestiques, subitement, à n'importe quelle époque (sauf l'hiver où la ruche est en sommeil) ne rentrent pas dans leur ruche. On constate également une absence de cadavres d'abeilles dans la ruche ou à proximité. Les colonies d'abeilles disparaissent, purement et simplement.
Ce phénomène n'est pas nouveau. Il a été signalé localement dès 1896. Mais les disparitions ont pris de l'importance et ont commencer à se généraliser depuis la fin des années 1990. L'alerte a été donnée dès les années 2000 en Europe et dès 2006 aux Etats-Unis.
Les pommiers, mais aussi les amandiers, les avocatiers, les cerisiers, les oignons, les concombres, le coton, l'arachide, le melon, etc. dépendent à 90 %, voire à 100 % des abeilles pour leur pollinisation. "Si l'abeille venait à disparaitre de la surface du globe, l'homme n'aurait plus que 5 années à vivre." disait Albert Einstein, dit-on.
Alors, il est vrai qu'il y a d'autres insectes pollinisateurs que les abeilles, et que la multiplication des colonies d'abeilles domestiques est une technique parfaitement maîtrisée. Mais en 2007, on a constaté un pic alarmant de disparitions d'abeilles.
En 2007, le taux de ruches abandonnées ou presque désertées atteignait 70 % voire 80 % dans les régions et pays les plus touchés. Un quart du cheptel des ruchers des USA auraient disparu rien que durant l'hiver 2006-2007 et 35 états ont été touchés selon un rapport du Congrès américain de juin 2007.
On ne sait pas vraiment pourquoi les colonies d'abeilles disparaissent. Plusieurs hypothèses ont été avancées, parmi lesquelles on peut citer :
- Le virus IAPV (Israeli acute paralysis virus of bees).
- Le téléphone portable. Deux scientifiques de l'université de Landau en Allemagne ont montré que les ondes produites par un téléphone portable empêchaient les abeilles de retourner à leur ruche.
- Les pesticides, comme le Gaucho ou le Régent TS.
Ce qui est certain, c'est qu'on a du mal à imaginer un monde sans abeilles. Il est également certain que c'est l'homme qui est à l'origine de ces disparitions massives de colonies d'abeilles.
Hypothèses explicatives (liste non limitative)
Parmi les pistes étudiées ou évoquées ;
Des virus (ex : virus de la maladie noire, bactéries pourraient être en cause, ce que suggère l'aspect épidémique et brutal des foyers de syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles. D'autre part, des ruches victimes du syndrome semblent mieux se rétablir après une désinfection de la ruche par irradiation[12] [13].
Le virus IAPV : une étude parue dans la revue Science en 2007 fait état de l'analyse des organismes commensaux des abeilles s'étalant sur une période de trois ans[. Ce rapport a déterminé que le virus Israeli acute paralysis virus of bees (IAPV), initialement décrit par un chercheur israélien, est fortement corrélé avec le syndrome d'effondrement des colonies. Selon l'un des co-auteurs de l'étude, Ian Lipkin : « nos résultats indiquent que l'IAPV est un marqueur significatif du CCD. L'étape suivante est de déterminer si l'IAPV, seul ou de concert avec d'autre facteurs peut induire le syndrome chez des abeilles saines ».
Le frelon, originaire de Chine, s'attaque aux butineuses des espèces d'abeilles domestiques. Il s'agit d'un facteur aggravant, non d'une cause première.
Le téléphone portable. Deux scientifiques de l'université de Landau en Allemagne ont montré que les ondes produites par un téléphone portable empêchaient les abeilles de retourner à leur ruche.
Des pesticides ont d'abord été suspectés, dont les insecticides (Gaucho, Régent TS, produits de démoustication, etc.) voire un désherbant ou un fongicide, ou des sous-produits de dégradation ou des métabolites de ces produits ayant un effet imprévu sur la capacité de l'abeille adulte à s'orienter (à partir d'un seuil lié à des effets cumulatifs ou synergiques, qui pourraient par exemple concerner toute une classe d'âge de larves, ce qui expliquerait la brutalité du syndrome). Une étude de l'AFSSA, rendue publique le 15 février 2008 disculpe ces insecticides, qui d'ailleurs, hors de France, n'ont jamais été tenus responsables des mortalités des abeilles.
Une parasitose par le varroa pourrait être une des causes du syndrome d'effondrement des colonies.Le parasitisme. Les varroas, et particulièrement Varroa destructor, parasite fréquent de l'abeille domestique ayant été véhiculé sur tous les continents par des transferts d'abeilles reproductrices ou de ruches reste une des causes initiales ou partielles possibles, en tant qu'affaiblissant les abeilles et propageant des infections virales associées.
D'autres parasites tels qu' Acarapis woodi et Paenibacillus larvae ont déjà causé des mortalités documentées par le passé.
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Une contamination de la cire par des produits toxiques qui s'y accumuleraient, soit amenés par les abeilles, soit par l'air (adsorption) a été évoquée, parce que certains produits chimiques y ont été trouvés et que les ruches ne sont pas spontanément réoccupées par des essaims.
Les OGM ont également été rapidement suspectés, car leur culture en plein champs dans certains pays a précédé de peu ce nouveau syndrome, et parce que de nombreux OGM ont été génétiquement modifiés pour produire leur propre insecticide. Par exemple, le pollen vivant de nombreux maïs transgéniques exprime la protéine transgénique insecticide Bt. En 1996, des essais en confinement de coton Bt entrepris par l'entreprise Monsanto ont provoqué la mort de 40% des abeilles présentes. Une étude de l'Université d'Iéna a porté (de 2001 à 2004) sur l'effet des pollens GM exprimant la toxine Bt sur les abeilles. Comme annoncé par les fabricants, sur les individus sains, aucun effet toxique du pollen n'a été démontré, mais les abeilles affectées par un parasite s'y sont montrées beaucoup plus sensibles, la mortalité étant alors beaucoup plus élevée chez les abeilles expérimentales nourries au pollen GM (durant 6 semaines). Les chercheurs supposent que le pollen GM pourrait affecter l'immunité de l'abeille, le Pr Hans-Hinrich Kaatz (université de Halle) estime que le Bt pourrait ne pas tuer l'abeille mais agresser les cellules des parois de son intestin, facilitant l'infection par d'autres pathogènes. Dans les 6 semaines d'expérience, les abeilles nourries avec des doses importantes de Bt (10 fois la dose normale) ont été plus nombreuses à mourir. La reine y est exposée plus longtemps, et l'effet sur plusieurs générations de larves n'a pas été étudié.
Cette hypothèse n'est généralement pas retenue comme cause principale de la disparition des apidés, car des abeilles disparaissent touchées dans des zones où les OGM sont très rares ou totalement absents, même si des cas de pollution génétique semblent avérés, et que des cultures illégales d'OGM auraient eu lieu ou ont été tolérées (en Argentine par exemple). Enfin, l'Europe où les OGM sont peu présents a été touchée avant l'Amérique du Nord où ils sont le plus cultivés. Si les OGM produisant leur propre insecticide peuvent avoir de faibles effets néfastes sur les abeilles, les insecticides « classiques » largement utilisés par les agriculteurs en ont également, et l'usage d'OGM a permis d'en réduire l'usage. Une étuderéf. à confirmer : conclut que les champs d'OGM auraient plutôt moins d'effet sur les abeilles que ceux traités par pulvérisation d'insecticides chimiques classiques (les risques liés à l'enrobage de semences par des pesticides systémiques font encore l'objet de controverses).
Une infection fongique par un champignon microscopique parasite. Par exemple, le Nosema cerenae, un champignon microscopique unicellulaire est souvent retrouvé dans le corps des abeilles mortes et a pour cette raison eté évoqué comme cause possible. Mais il pourrait ne s'agir que d'un pathogène opportuniste profitant d'une baisse de l'immunité de l'abeille.
Un facteur environnemental non compris, qui pourrait par exemple impliquer le dépassement d'un seuil de bioaccumulation d'un (ou plusieurs) polluant, éventuel leurre hormonal, avec pour effet inattendu de perturber la capacité à retrouver leur ruche.
Les pratiques apicoles sont elles-mêmes questionnées : elles ont en effet beaucoup évolué, s'intensifiant pour répondre aux normes, au marché et à la concurrence internationale, ainsi qu'au besoin des grands ruchers de trouver de vastes surfaces de fleurs suffisamment épargnées par les pesticides.
La taille croissante des ruchers, la promiscuité des abeilles, la transhumance des ruchers et les échanges de souches de reproducteurs sont a priori favorables à l'apparition et à la diffusion de maladies épidémiques parasitaires, virales et fongiques, ainsi qu'à l'apparition et à une large diffusion de résistances du varroa (ou d'autres parasites et microbes) aux produits pesticides vétérinaires utilisés pour protéger les abeilles. Les sélectionneurs ont privilégié la productivité en miel plus que la résistance ou l'adaptation génétique à l'environnement local, au détriment également des espèces sauvages.
Un article du East Bay Express du 9 Août 2007 interroge l'intensification de l'apiculture industrielle pratiqué aux États-unis. « Les abeilles sont plus libres de leurs mouvements que n'importe quel autre animal d'élevage », mais « une exploitation apicole commerciale ressemble plus à une cité HLM qu'à un pré campagnard ».
La malnutrition des abeilles pourrait accroître le stress généré par la mobilité qui leur est imposée par les apiculteurs les louant pour la pollinisation des cultures. Dans la nature, on trouve au maximum trois à quatre ruches sauvages par kilomètre carré, qui "connaissent" leur environnement et bénéficient d'une alimentation très variée (pollen, nectar et miellats de milliers plantes différentes). L'apiculteur industriel, pour compenser le déclin des fleurs disponibles, fournit du sucre, de la mélasse de maïs à forte teneur en fructose (additif sucré également en cause dans la mauvaise hygiène alimentaire humaine).
Comme d'autres animaux d'élevage industriels, les abeilles sont probablement stressées quand on les parque dans des grands ensembles et qu'on les déplace fréquemment, comme c'est le cas avec les ruches aux États-Unis, transportées par camion d'une région à l'autre du pays. Le stress les rend a priori plus vulnérables aux parasites et aux maladies, et pourrait diminuer leur capacité à fonctionner naturellement.
La perte de la diversité génétique des ruchers (qui autrefois co-évoluaient avec leur environnement) pourrait aussi être en cause.
Une synergie entre plusieurs des causes évoquées ci-dessus pourrait être à l'origine d'un syndrome de type dit "maladie environnementale". C'est l'hypothèse qui semble la plus probable, médiatisées par exemple en 2007 par Joe Cummings (Professeur émérite de l'Université Western Ontario) qui met en cause à la fois des champignons parasites utilisés en lutte intégrée agricole, des virus, bactéries et la pollution électromagnétique croissants auquel sont exposées les insectes (notamment depuis l'avènement du téléphone portable et du Wi-Fi). Selon lui, ces causes combinées affaibliraient le système immunitaire des abeilles, mais le rôle des pesticides reste pour partie nié par les industriels producteurs.
Des abeilles expérimentalement exposées à l'Apistan® meurent 1,9 fois plus quand elles sont exposées ensuite à de la bifenthrine (pesticide) alors qu'il n'y a pas de différence significative de mortalité pour celles qu'on expose ensuite au carbaryl et au parathion méthyl .



